VC à impact vs VC classiques : quelles différences ?

Quitterie
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3/10/2022
5 minutes
Thanina, Jovan et Arthur s'y connaissent en fonds à impact

Vous-êtes vous déjà demandé quelle était la plus-value d’un fonds à impact par rapport à un VC classique ? Nous oui.

Pour le deuxième Indiclub de Join Indigo, nous avons eu un échange avec Melchior Mesnard, co-fondateur de Re.Boot, qui a consacré un rapport à la question et deux étudiants inspirants, membres de la “learning expedition” Road2Impact, qui ont fait le “tour du monde des fonds à impact” pour comparer les bonnes pratiques.

Thanina et Jovan ont éclairci avec nous la question : “VC à impact vs VC classiques : quelles différences ?”

Notre réflexion s’est articulée en cinq parties :

  1. Définition de l’impact investing et du venture capital
  2. Fonctionnement du fonds à impact
  3. La plus-value de l’impact investing
  4. Les bonnes pratiques à adopter pour un fonds à impact
  5. L’impact investing : l’avenir de la finance ?

Impact investing / venture capital : définitions

Un fonds d’investissement classique est une “poche d’argent” gérée par une équipe de gestion, avec une certaine “maturité” à l’issue de laquelle les investisseurs sortent du capital : c’est “l’exit”, ou la sortie.

Un fonds analyse, sélectionne, finance et accompagne des entreprises choisies selon une grille de critères, avec l’objectif principal de maximiser sa plus-value à sa sortie.

Un fonds à impact fonctionne à peu près de la même manière, à cela près qu’il est doté d’une “mission” : en plus d’un objectif de rentabilité, il recherche un impact environnemental et/ou social positif, mesuré sous forme de performance extra-financière.

Ainsi l’impact investing n’est pas un secteur, mais une approche qui peut s’appliquer à toutes les pratiques d’investissement.

Le fonctionnement d’un fonds à impact

L’analyste financier s’intéresse aux entreprises correspondant à une “thèse d’investissement” plus ou moins large selon le secteur, le stade de maturité, le ticket recherché par l’entreprise.

Une entreprise est sélectionnée selon les critères suivants :

  • Business et financier : business model, traction, potentiel du marché, scalabilité, le chiffre d’affaires
  • Humain : entrepreneurs (hard skills, soft skills…)
  • Risque

La particularité de l’analyste à impact est qu’il recherche, en plus de ces critères, une certaine intention chez l’entrepreneur : celle de générer un impact social ou environnemental positif.

Cette contribution “promise” devra être mesurable dans le temps. L’entreprise tente-t-elle de répondre à un besoin ? Quelle est l’urgence, la pertinence et la taille de ce besoin ? La solution proposée est-elle efficace ?

On ne demande pas à l’analyste d’être expert de ces sujets, mais il doit avoir une appétence pour ces problématiques, et être capable de faire appel à des experts pour s’acculturer.

La plus-value de l’impact investing

L’additionnalité

Qu’apportent les fonds à impact en plus d’un fonds classique ?

  • Ils permettent d’investir dans des entreprises qui ne sont pas éligibles au financement de VC classiques
  • Ils sont moins exigeants en termes de taux de rentabilité.
  • Une fois au conseil d’administration, ils se portent garants du suivi de l’impact de la contribution positive de l’entreprise

Certains fonds, les fonds “ouverts”, permettent à l’entreprise de prendre le temps de construire sa stratégie sans la pression d’une maturité proche.

Ainsi aujourd’hui encore les plus gros investisseurs en fonds à impact, surtout aux Etats-Unis, restent les fondations, en capacité de mettre à disposition un “capital de long-terme”.

La mesurabilité

  • C’est une des caractéristiques principales de l’impact investing, et une arme efficace contre le greenwashing. Elle permet de suivre la “trajectoire d’impact” de l’entreprise.
  • Mais elle connaît des limites : mesurer l’impact d’une entreprise reste subjectif : s’il est possible de calculer la quantité de CO2 émise dans l’atmosphère, comment quantifier l’impact social d’un projet ?

Les méthodes pour mesurer l’impact positif des entreprises sont encore en cours d’harmonisation : la Commission européenne réfléchit à une standardisation.

En attendant, de plus en plus de cabinets de conseil s’y mettent, comme Sirsa ou Better Way !

Un retour sur investissement (TRI) variable selon les acteurs

  • En impact investing, il y a deux écoles : les “impact first”, qui privilégient l’impact positif de leurs entreprises quitte à avoir un TRI plus faible, et les “finance first” qui exigent un TRI plus “classique”.
  • Mais il est possible de maximiser TRI et impact ; pour cela il faut que l’impact soit au cœur du business model de l’entreprise, ainsi les deux croîtront de pair. Notons que les entreprises très axées sur des sujets tech et greentech ont souvent un TRI élevé, voire supérieur à la moyenne !
  • Dans son rapport sur l’impact investing, Melchior Mesnard soulève tout de même la question délicate du “post-investissement” : comment faire perdurer la vision du fonds à impact lors de la revente de ses parts à d’autres fonds ou à un grand groupe ? On peut dans une certaine mesure “sécuriser” la vision du fonds à impact en l’inscrivant dans la “term sheet” préalable à l’investissement. C’est par exemple qu’a fait le fonds à impact Ananda VC, interrogé par Road2Impact en Allemagne.

Les bonnes pratiques à mettre en place pour un fonds à impact

  • Évaluer le potentiel d’impact de l’entreprise.
  • Evaluer l’intentionnalité de cette entreprise.
  • Étudier la capacité de mesurer son impact : dans quelle mesure pourra-t-on le chiffrer ?
  • Assurer le suivi de la stratégie d’impact de l’entreprise : faire un point chaque semestre sur son avancée par rapport à ses objectifs et en fixer de nouveaux.
  • Accompagner les entreprises dans la mesure de leur impact en plus de l’accompagnement opérationnel “classique”.
  • Indexer une partie du “carried interest” des équipes de gestion du fonds sur ses objectifs d’impact, ce qui se fait de plus en plus en Europe, encouragé par les fonds européens d’investissement qui investissent dans beaucoup de fonds à impact.

On peut aussi citer l’exemple du fonds anglais Impact Ventures qui a monté une joint-venture avec une association spécialisée dans des sujets environnementaux pour inscrire sa stratégie d’impact sur le long-terme et assurer son intentionnalité.

L’accompagnement de l’entreprise doit se faire sur la durée. En effet, la maturité des ventures est souvent courte et l’exit se fait lorsque la stratégie de l’entreprise est encore malléable : il faut veiller à ce qu’elle conserve la vision initiale.

L’impact investing : l’avenir de la finance ?

Aujourd’hui les VC classiques s’intéressent tous aux fonds à impact : dans tous les fonds à impact on retrouve des investisseurs institutionnels. Une vraie transition s’opère, au niveau des fonds VC mais aussi des fonds plus gros de private equity.

De nombreux fonds VC classiques, comme Serena, Goldman Sachs ou Blackrock lancent leur fonds à impact.

Il y a plusieurs raisons à cette transition : l’état d’urgence climatique et les nouvelles réglementations qui permettent au système financier de se transformer. De plus, à l’avenir les business models à impact seront de plus en plus attractifs pour les consommateurs, les investisseurs mais aussi les talents : on l’a vu lors de la remise des diplômes de l’AgroParisTech, à HEC ou encore à Polytechnique : les étudiants des grandes écoles martèlent qu’il faut briser les codes de l’entreprise classique.

Néanmoins tous les fonds ne seront pas des fonds à impact : il y a aussi les fonds ESG qui calculent les externalités négatives des entreprises classiques.

En conclusion, on assiste indubitablement à un changement global de la finance, c’est très positif !

Nous espérons vous revoir à nos prochains Indiclub !


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Etudiante en école de commerce et passionnée par les sujets environnementaux, j'ai rejoint l'aventure Indigo en été 2022 !

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